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Parole d'expert : Le décollage du tourisme en Polynésie française passera par l’ouverture d’une nouvelle ligne directe au cœur de l’Asie

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Au moment où la Polynésie française a dépassé en 2018 la barre symbolique des 200 000 visiteurs et retrouvé les chiffres de fréquentation de 2009, se pose à présent la question suivante : à quand la barre des 300 000 visiteurs et surtout comment y arriver

Le décollage du tourisme en Polynésie française passera par l’ouverture d’une nouvelle ligne directe au cœur de l’Asie

 

Au moment où la Polynésie française a dépassé en 2018 la barre symbolique des 200 000 visiteurs et retrouvé les chiffres de fréquentation de 2009, se pose à présent la question suivante : à quand la barre des 300 000 visiteurs et surtout comment y arriver ? L’ouverture d’une nouvelle ligne aérienne au cœur de l’Asie apparaît indispensable.

 

 

Le marché Asiatique : relais de croissance pour le tourisme en Polynésie française

 

Ça y est, la barre symbolique des 200 000 visiteurs annuels en Polynésie française a été dépassée en 2018. Ce chiffre n’avait plus été atteint depuis 2009 et il aura fallu près de 10 années pour retrouver un tel niveau de fréquentation.

A présent, les regards sont focalisés sur la barre des 300 000 visiteurs annuels. Afin de pouvoir atteindre cet objectif, voire d’aller au delà, et de faire décoller le tourisme en Polynésie française, il semble aujourd’hui indispensable de développer le marché asiatique.

En effet, l’essor du tourisme mondial doit beaucoup au dynamisme asiatique.  La plus forte progression du nombre de voyageurs est à mettre au crédit de cette région du monde (OMT, 2017[1]). À elle seule, la chine représente un peu plus de 120 millions de touristes voyageant à travers le monde. Hormis la Chine, l’Asie comprend également de nombreux pays émergeant en pleine croissance qui disposent d’une classe de la population aisée, avide de découverte à travers le monde (Thaïlande, Philippines, Vietnam …). La Polynésie française dispose de tous les atouts pour attirer les touristes asiatiques. Elle propose des paysages somptueux couplés à la richesse d’un patrimoine culturel unique. Cette offre qui s’inscrit dans un tourisme durable haut de gamme, correspond aux attentes des touristes asiatiques et notamment chinois qui sont très sensibles au patrimoine culturel, à la qualité de l’environnement (propreté, sécurité) et affectionnent le luxe.

Un autre avantage non négligeable pour la Polynésie française lié au marché asiatique, est de réduire la dépendance de la destination vis à vis des marchés américain et Européen. En effet, ces deux marchés émetteurs cumulent respectivement 28,3% et 48,4% de part de part de marché soit au total 76,7% [2] : plus des trois quarts des touristes en Polynésie française viennent d’Europe ou des Etats-Unis. Cette forte dépendance paraît donc risquée quand on sait que ces deux régions du globe sont économiquement étroitement liées et ne sont pas à l’abri d’un ralentissement économique.

Dans ce contexte, il faut se demander pourquoi l’Asie représente aujourd’hui seulement 6,6 % de part de marché de la fréquentation touristique en Polynésie française[3] ?

Un premier argument avancé concerne les formalités de visa qui freineraient les départs d’Asie vers la Polynésie française. C’est sûrement vrai, mais seulement en partie, et l’on se rend compte que les choses sont à relativiser à ce sujet, quand on sait que des millions de chinois partent aux Etats-Unis chaque année en passant par une procédure d’obtention de visa complexe (entretien obligatoire).

Un deuxième argument porte sur l’absence d’une ligne directe reliant la Polynésie française au cœur de l’Asie. Il apparaît d’autant plus pertinent quand ont sait par exemple que les principales destinations concurrentes de la Polynésie française (Maldives, Fidji, Maurice, Seychelles) ont des vols directs avec la Chine.

 

L’ouverture d’une nouvelle ligne au cœur de l’Asie par ATN en concertation avec tous les acteurs de la filière touristique en Polynésie française

 

Actuellement la connexion vers l’Asie depuis la Polynésie française se fait à travers la liaison qu’assure Air Tahiti Nui avec le Japon (Tokyo-Narita) avec seulement 2 vols par semaine. Cela paraît insuffisant en termes de fréquence des rotations hebdomadaires avec la région émettrice de touristes qui connaît la plus forte croissance dans le monde. De plus, cela paraît insatisfaisant, dans la mesure où le japon est géographiquement excentré de l’Asie (Nord-Est) et ne permet par de relier convenablement toutes les villes de la chine mais aussi les pays d’Asie du Sud est.

Par le passé, il y a bien eu des tentatives de faire venir des compagnies chinoises, se traduisant en 2014 par un accord de services permettant l'ouverture de liaisons aériennes directes entre la Polynésie française et la Chine. Malheureusement, cela ne sait pas concrétisé par la mise en place de lignes régulières.

 

N’est-il pas venu le moment pour Air Tahiti Nui d’ouvrir une nouvelle ligne au cœur de l’Asie ?

 

La compagnie au tiare connaît de bons résultats depuis maintenant 5 ans, avec en 2017 un résultat net de 2 milliards de Francs CFP (environ 18 millions d’euros). Il ne faut pas oublier les difficultés financières qu’a connues par le passé Air Tahiti Nui. Son actuel PDG, M. Monvoisin, a su redresser la compagnie à travers une gestion rigoureuse (réduction des coûts, mise en place de partenariats, renouvellement de la flotte).

Cependant, ce retour à l’équilibre financier ne s’est-il pas traduit par un excès de prudence de la part d’Air Tahiti Nui qui n’a ouvert aucune nouvelle liaison aérienne internationale de nombreuses années ?

Or, il convient de rappeler qu’à l’origine, Air Tahiti Nui a été créée en tant qu’outil de développement du tourisme en Polynésie française. Compte tenu du contexte actuel évoqué précédemment, il semble aujourd’hui indispensable qu’Air Tahiti Nui ouvre une nouvelle ligne connectant la Polynésie française au cœur de l’Asie, à Hong-Kong ou Singapour, 2 des plus grands hubs en Asie.

De plus, aujourd’hui Air Tahiti Nui se voit concurrencée par de nouveaux acteurs (French Bee, United Airlines) sur son activité principale (liaison Papeete-Los Angeles, Papeete-Paris). Dès lors, il paraît important, d’un point de vue stratégique, de diversifier son portefeuille d’activité et trouver des relais de croissance à travers l’ouverture d’une nouvelle liaison aérienne.

Pour la Polynésie française, on a pu voir récemment le bénéfice en termes de fréquentation touristique lié à l’ouverture de nouvelles lignes aériennes. Ainsi ADT[4] explique, à la lumière des chiffres du trafic aérien, au sujet de l’arrivée des nouvelles compagnies aériennes French Bee et United, que ces nouvelles compagnies ont stimulé les marchés émetteurs (France et EU) en allant chercher de nouveaux clients.

On comprend mieux pourquoi cette ouverture de ligne au cœur de l’Asie est attendue par les acteurs privés du tourisme en Polynésie française[5], alors même que la liaison Papeete-Tokyo/Narita est actuellement déficitaire.

L’ouverture de cette nouvelle liaison aérienne suppose de combler le déficit de notoriété dont souffre la destination Tahiti et ses îles en Asie et notamment en Chine. Cela passe donc par un renforcement de la promotion sur les principaux marchés asiatiques, mais aussi, l’ouverture de nouvelles chambres d’hôtel afin de répondre à cette nouvelle demande.

Une démarche coordonnée entre transporteur (Air Tahiti Nui), organisme en charge de la promotion (Tahiti tourisme) et hébergeurs (investisseurs privés) constitue le garant d’un véritable essor du tourisme asiatique en Polynésie française.

 

Au moment où l’on célèbre la Chine dans le Pacifique, cette question apparaît plus que jamais d’actualité !

 

 

Yann RIVAL

Maître de Conférence en Sciences de Gestion et Management (Stratégie) à l'Université de la Polynésie française

Co-Directeur du CETOP

 


[1] Baromètre annuel OMT, janvier 2017.

[2] ISPF, Point de conjoncture- Tourisme, 3ème trimestre 2018.

[3] ISPF, Point de conjoncture- Tourisme, 3ème trimestre 2018.

[4] ADT, Bulletin semestriel, 16 janvier 2019.

[5] Tahiti Info, Interview Frederick Grey, « Les ambitions du groupe Grey au Fenua », 19 décembre 2018.